L'enfant maladroit?

Publié le par Caldeirael

Voici un article extrait du livre "Le quotidien avec mon enfant" de Jeannette Toulemonde, que j'apprécie énormément. J'espère que vous partagerez mon avis:-) Bonne lecture!


 

L'enfant maladroit est souvent un enfant malheureux qu'il faut comprendre et aider.

 

Tous les éducateurs ont connu ce type d'enfant raisonnable et attentif, qui "ne sait pas se servir de ses mains". Il tient mal son porte-plume et son crayon. Les traits qu'il forme sont lourds et il a peine à suivre les autres à la dictée. Si on le charge d'un travail d'adresse ou de force, il n'en vient pas à bout; si on lui confie un paquet il le heurtera sur d'autres objets ou le laissera tomber. Il a la main malheureuse, il a peur de casser et il casse.

 

Qu'arrive-t-il le plus souvent? Cet enfant mal doué est vite connu comme maladroit. Ses camarades l'en méprisent un peu. Les parents et les maîtres, qui craignent pour leur bien, ne lui confient plus aucune besogne manuelle, "il ne s'en sortirait pas", aucun objet à porter, "il ferait un malheur". Et pour le corriger, on lui répète qu'il est un maladroit, un "empoté", un "empaillé", ce qui lui enlève le reste de ses moyens.

 

L'enfant souffre d'abord de cette situation, puis il s'y habitue : "C'est toujours à moi que ça arrive, rien ne me tient dans les mains", "Vous savez bien que je ne m'en sors pas", "Je n'ai jamais su faire cela", "J'ai peur d'abîmer". Il ne se propose plus pour les services à rendre, sachant qu'on les refuserait, et en effet son entourage s'adresse au "dégourdi". Celui-ci, plein d'entrain déjà pour tout ce qui est bricolage, et encouragé encore par la confiance qu'on lui témoigne, réussit tout ce qu'il entreprend.

 

La mission de l'éducateur n'est-elle pas plutôt d'aider le maladroit à se débrouiller?

 

La maladresse peut venir du corps: manque d'indépendance de la main, de souplesse des doigts, mauvaise santé, nervosité, faiblesse de la vue, enfant gaucher (... difficultés à se servir de certains instruments de la vie courante conçus pour les droitiers). Elle devient plus grande encore par les difficultés morales qu'elle amène: l'enfant n'a plus le goût d'être actif, il manque de confiance en lui, il craint le ridicule et les observations. Je dirais même plus: il est sûr de ne pas réussir. N'est ce pas l'éducateur lui-même qui le lui affirme quand il s'écrie: "Non, pas toi, tu n'en sortiras pas!" ou, à la suite d'une maladresse: "Quand on n'est bon qu'à faire des malheurs on ne se mêle pas d'aider les autres"?

 

Supposons qu'une maman, un père, un maître ou une maîtresse, s'applique au contraire à sortir un petit de cet état d'infériorité, que feront-ils? Ils seront patients envers lui et réveilleront sa confiance en lui-même, ils ne se lasseront pas de montrer, d'expliquer; ils n'exigeront pas un résultat parfait du premier coup. Ils lui redonneront l'envie du travail en lui donnant un but intéressant, en lui faisant confiance: "Non, tu n'es pas maladroit, et je sais, moi, que tu t'en sortiras. Tu as de la vlonté et quand tu veux, tu réussis." Il faudra lui donner l'occasion de réussir. Ce n'est pas difficile: une commission à faire, un objet fragile à porter, un petit travail de couture ou de menuiserie, et un encouragement quand il les aura réussis.

 

Une chose très importante: le laisser se donner du mal, et le laisser faire beaucoup moins bien que nous, sans lui arracher le travail des mains en disant: "Donne- moi ça. Tu fais tout de travers, je l'aurais fini dix fois dans le même temps!".

 

Enfin, lui faire confiance devant les autres: quand tous les enfants se proposent pour un service à rendre, choisir le maladroit. Qu'il lise notre confiance dans notre sourire, dans notre regard. Il en sera réconforté et il réussira. Et s'il rate? "Et bien, nous recommencerons à la première occasion, et nous y arriverons."

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